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Chico Buarque
Enfant chéri de la MPB (Música Popular Brasileira), Chico Buarque a marqué la musique de son pays par sa voix chaude, ses compositions élégantes et sa plume sans pareille. Ce poète a obtenu la reconnaissance à travers sambas et marchas, mais aussi par le biais de ses romans. Francisco Buarque de Hollanda est né le 19 juin 1944 à Rio de Janeiro. Chico est le quatrième enfant de l'historien, sociologue et critique littéraire Sérgio Buarque de Hollanda et de la pianiste Maria Amélia Cesário Alvim. En 1946, la famille s'installe à Sao Paulo. Lorsque Chico a 5 ans, il est déjà fasciné par la musique qu'il découvre à la radio. Il collectionne les photos des interprètes populaires et déclare à sa grand-mère que lui-même sera chanteur quand il sera grand. A dix ans, il suit sa famille à Rome où son père entretient des relations très suivies avec Vinicius de Moraes. Ce diplomate est un poète renommé, mais c'est aussi un musicien ; on lui doit les textes de nombreux classiques de la bossa nova. Vinicius de Moraes fascine toute la famille Buarque. La sœur aînée de Chico, la future chanteuse Miucha, a même baptisé sa guitare Vinicius et les enfants prennent l'habitude de se cacher pour écouter le poète chanter. Plus tard, au milieu des années soixante, Vinicius de Moraes présentera Jobim à Buarque et lui cédera sa place de parolier auprès du compositeur. En 1956, de retour à São Paulo, Chico Buarque s'intéresse particulièrement à la littérature, au football et compose des pièces chantées avec sa sœur Miucha. En 58, une crise mystique l'éloigne un temps de ses autres centres d'intérêt, mais l'explosion de la chanson "Chega de saudade" a un impact décisif sur le jeune homme. Interprétée par João Gilberto, futur mari de Miucha, composée par Tom Jobim et par une vieille connaissance, Vinicius de Moraes, "Chega de saudade" est la première étape importante de la révolution Bossa Nova. Chico Buarque l'écoute en boucle et commence à composer ses premières chansons. En 1962, alors qu'il est étudiant à l'université d'architecture et d'urbanisme de São Paulo, un journal local publie une de ses nouvelles. En 64, le coup d'état militaire l'oblige à abandonner ses études. Chico Buarque en profite pour se consacrer à la chanson. Il interprète sur scène, ses premières compositions au Colégio Santa Cruz, puis lors de spectacles dédiés aux jeunes chanteurs. Son premier disque sort en 1965, avec deux chansons interprétées par Geraldo Vandré. La même année il tient le rôle d'un musicien de Bossa Nova dans un feuilleton télévisé et rencontre les fondateurs du Tropicalisme, Gilberto Gil et Caetano Veloso. En octobre de l'année suivante, il remporte le premier prix du Festival de Música Popular Brasileira, en chantant "A Banda". Le succès est immédiat et cette chanson aura un destin très particulier puisqu'en 1978 elle sera ajoutée au répertoire de the Irish Guards Band, un des orchestres jouant lors du changement de la garde à Buckingham Palace. En 1966, il enregistre son premier album, qui lui vaudra ses premiers démêlés avec la censure mais également le début d'une grande histoire d'amour avec le public, pour qui ses marchas et sambas au goût d'autrefois symbolisent la possibilité du retour aux temps paisibles d'avant la dictature. Millôr Fernandes, un célèbre écrivain caricaturiste le qualifie de "Seule unanimité nationale". Si le chanteur est sévèrement critiqué par les tenants du Tropicalisme pour ses chansons passéistes, il n'en devient pas moins de plus en plus populaire. Modèle pour les hommes, il est l'objet de désir favori de ses compatriotes du sexe opposé. Il se produit régulièrement à la télévision et enregistre deux nouveaux albums. Mais, en 1968, les représentations de sa pièce satirique Roda Viva sont violemment interrompues par les militaires et la menace est telle qu'il part s'exiler en Italie. Pendant une année, il participe à de nombreux concerts dans toute l'Europe en compagnie de Toquinho ou de Joséphine Baker et écrit pour la star italienne Mina. En 1970, il retourne au Brésil, mais ses chansons y sont régulièrement censurées avant leur exploitation, ou après être devenues des succès comme "A pesar de você" (malgré toi) dont il s'écoula plus de 100 000 exemplaires avant que le gouvernement ne s'aperçoive qu'elle parlait à mots couverts du dictateur Emílio Garrastazu Médici. Il s'engage dans un mouvement de protestation contre la dictature auprès d'autres intellectuels et se réconcilie avec Caetano Veloso et Gilberto Gil, eux-mêmes de retour d'exil. Il enregistre un album en public avec Veloso et compose avec Gil un duo dont le titre, "Calice", est un homophone ironique de la phrase "Cal-se" (Tais-toi). La chanson fut bien sûr interdite. A cette époque, si peu de ses compositions obtiennent l'accord de la censure militaire qu'en 1974 il publie un album de reprises, "Sinal fechado". Ce disque comprend des morceaux de Veloso, Gil, Paulhino da Viola ou Toquinho, mais aussi une chanson sur la peur de la police "Acorda Amor" signée par Julinho da Adelaide. A partir du moment où les militaires découvrent qu'il s'agit d'un pseudonyme de Chico Buarque, ils obligent les compositeurs à joindre une copie de leur carte d'identité avec chaque chanson déposée. Dans les années 80, les censeurs se relâchant, Chico Buarque publie des titres qui n'avaient pas franchi la censure aux côtés de nouvelles chansons. Tous les deux ou trois ans il publie de nouveaux albums dans lesquels il s'exprime aussi bien à travers des marchas, des valses, des rocks ou des fados. Cependant, sa popularité lui vient principalement de ses sambas dans le style de l'école de Mangueira, dont il est le membre le plus célèbre. En parallèle de sa carrière de chanteur, Chico Buarque a aussi écrit des pièces de théâtre, dont Roda Viva ou Calabar, écrite avec le réalisateur Ruy Guerra, un opéra, "Ópera do Malandro", inspiré de Brecht, Kurt Weill et des livres pour enfants. Dans les années 90, il ralentit sa production discographique pour se consacrer à la littérature. Trois années s'écoulent entre son avant-dernier et son dernier album en studio, pendant lesquelles il publie deux romans, "Embrouille" et "Court-Circuit". Parlant de ses livres à Mathieu Lindon en 1998 pour le journal Libération, il déclare "Je n'ai aucune intention de devenir bestseller. Je l'ai été en musique populaire. Ce que je cherche est un autre chemin, pas de faire la compétition avec le musicien." En 2006 après avoir livré un nouveau roman "Budapest" Chico retourne en studio pour enregistre, huit ans après son précédent album "As cidades" une autre oeuvre consacrée à la ville. Mais cette fois c'est la ville qui l'a vu grandir et ses habitants à qui il rend hommage dans "Carioca".
Benjamin MiNiMuM
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